A l’occasion de ce 10 mai 2022, le Laboratoire Loiret de la Laïcité souhaite honorer la mémoire des personnalités remarquables qui se sont battues pour l’abolition de l’esclavage et pour la liberté. Deux d’entre elles, qui reposent aujourd’hui au Panthéon de la République, méritent particulièrement notre hommage : Victor Schoelcher et Joséphine Baker.
Victor Schoelcher
L’abolition de l’esclavage a été le combat de sa vie. Il est l’auteur des décrets abolitionnistes du 27 avril 1848. On notera, en guise de repère historique, que l’abolition de l’esclavage aux États-Unis sera décidée 15 ans plus tard, en 1863, par Lincoln… mais ne sera véritablement appliquée dans l’Union qu’en I865, à l’issue de la guerre de Sécession.

Pour Victor Schoelcher, l’abolition de l’esclavage avait ainsi remédié à un crime de lèse-humanité.
Il milita par la suite pour le renforcement de la République, pour l’application du suffrage universel, pour l’abolition de la peine de mort, pour la reconnaissance des droits civiques des femmes et pour l’élaboration d’un droit des enfants.
Représentant du peuple élu aux Antilles il fut contraint à l’exil sous le Second Empire. En 1889, son dernier ouvrage était consacré à une « Vie de Toussaint Louverture » le libérateur d’Haïti, pour le centenaire de la Révolution française.
Victor Schoelcher est entré au Panthéon en 1949, en même temps que Félix Éboué.
Joséphine Baker
« C’est donc ça, la liberté ! » C’est par cette exclamation que Joséphine Baker découvre la France, en 1925. Sydney Bechet, qui faisait partie du voyage, ne lui a pas menti : « ici, la couleur n’est pas un problème ».
Artiste adulée dans le Paris des années folles, le grand public s’entiche également de cette diva qui, au-delà de son talent, sait parfaitement faire de sa vie un spectacle.
Profitant de son vedettariat, elle va, durant l’occupation, et au risque de sa vie, faire passer aux forces de la France Libre, de nombreux messages et documents entre la France, l’Espagne, le Maroc. Lors du débarquement des alliés en Afrique du Nord, elle effectue des tournées de soutien aux soldats… en exigeant qu’ils soient ouverts aux GI’s afro-américains.
C’est donc en tant qu’héroïne française que Joséphine Baker est entrée au Panthéon. Car elle a combattu pour son pays au péril de sa vie, en tant que française. Joséphine Baker fut une femme de couleurs. Et ses couleurs furent le bleu, le blanc et le rouge du drapeau national.
À ce titre, toute sa vie, elle s’est battue contre le racisme et la ségrégation raciale mais en tant que française aux États-Unis, en portant l’uniforme d’officier de l’armée de l’air et ses décorations françaises pour illustrer la différence de traitement entre les deux pays. Elle a été une véritable héroïne du combat féministe universel.

Sa mémoire nous invite à ne pas céder à l’illusion du racisme inversé directement importé des universités complexées américaines, sous les appellations multiples de racialisme, décolonialisme, intersectionnalisme ou wokisme.
Joséphine Baker donne l’exemple de ce que doit être le féminisme : une ardente volonté de faire accéder les femmes, chaque femme, à la même dignité, c’est-à-dire aux mêmes droits et aux mêmes statuts que n’importe quel homme.
Être féministe aujourd’hui, c’est penser qu’universellement, chaque femme où qu’elle vive, quelles que soient ses spécificités, est un Être Humain avec des droits tels que ceux exprimés dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et en particulier celui, inaliénable, à la sureté et à la dignité. Et ce combat toujours inachevé, en France et dans le monde, doit être mené à la fois par les femmes et par les hommes. Il ne s’agit donc en aucune manière de faire se dresser une partie de l’Humanité contre une autre, les femmes contre les hommes (pas plus que les noirs contre les blancs, les catholiques contre les musulmans, les croyants contre les athées, …), cette conception du féminisme qui sépare désagrège notre société.

Le féminisme tel que nous le concevons privilégie ce qui rassemble et fait société au détriment des particularismes qui séparent. Il s’attache à rassembler toutes celles et tous ceux qui s’engagent à construire la société plus humaine et plus harmonieuse que nous, militants laïques, appelons de nos vœux.





