Discours prononcé place de la République à Orléans le 7 janvier 2025 par véronique Bury, secrétaire du Laboratoire Loiret de la Laïcité
« Le 11 janvier 2015, nous étions nombreux à défiler partout en France ; Nombreux à vouloir ainsi montrer notre attachement à la liberté d’expression, à l’égalité de tous les citoyens en France, au droit à la sécurité : nous étions Charlie, nous étions juifs, nous étions policiers.
Si nous nous étions réunis ce jour-là, au-delà de nos partis, de nos appartenances réciproques, il s’agissait de dire toute notre indignation, notre refus de plier face à l’obscurantisme ET à la haine face aux assassinats commis à l’encontre de Cabu, Elsa Cayat, Charb, Honoré, Bernard Maris, Tignous, Wolinski ainsi que ceux qui les aidaient dans leur journal ou qui les protégeaient Mustapha Ourrad, Franck Brinsolaro, Michel Renaud, Ahmed Merabet… assassinés le 7 janvier 2015 sur leur lieu de travail, parce qu’ils faisaient leur travail, travail par lequel ils exprimaient la force de leurs convictions ; et j’associe à cette liste Simon Fieschi décédé en octobre dernier. Leur travail, ils le faisaient pour nous faire réfléchir en riant, même si, quelquefois, nous riions jaune.
Car, il faut le rappeler sans cesse, la liberté d’expression en France est un DROIT, comme la liberté de la presse de 1881. Elles ont un prix : celui de ne pas convenir à tout le monde. Ces deux libertés entérinent toutes les deux, entre autres, ce droit à l’irrévérence, ce droit à se moquer sans crainte parce qu’avec talent, ce droit qu’ont fait vivre ces hommes et ces femmes qui écrivaient, dessinaient dans ce journal Charlie Hebdo.
Le 11 janvier, nous voulions marquer notre chagrin face au meurtre d’une policière municipale survenu le 8 janvier à Montrouge.
Le 11 janvier, nous voulions marquer notre accablement devant l’assassinat des 4 personnes de l’Hyper Casher, du seul fait qu’elles étaient juives, faisant revenir des temps que l’on croyait loin dans le passé.
Nous avons été nombreux, si nombreux, ce jour-là à défiler, armés d’un crayon pour montrer que nous étions solidaires du combat de ces journalistes, dessinateurs et humoristes. Nous tenions toutes et tous à ce que leur liberté d’expression, y compris quand elle nous agaçait, demeure la nôtre, jusque dans ses outrances.
Nous avions juste envie de dire que « non, ils ne passeront pas, ceux qui veulent brider la parole, la contrôler, au nom d’une croyance » alors que nous avons pour nous la Loi, simplement ça. Les lois de la République et en particulier, la loi du 9 décembre 1905 qui a mis la laïcité au sein de nos principes républicains jusqu’à la faire entrer dans le préambule de notre constitution. Mais aussi la loi du 29 juillet 1881 garantissant la liberté de l’imprimerie et de la librairie dans son article 1 et le fait que tout journal ou écrit périodique peut être publié sans déclaration ni autorisation préalable, dans son article 5. Même si ce journal publie des écrits qui ne me plaisent pas !! J’ai le droit de ne pas l’acheter, de ne pas le lire, de ne pas être d’accord : rien ne m’y oblige. Mais le respect de la Loi m’oblige à le laisser libre de publier dans le respect de la Loi.
Nous nous sentions forts de cette légitimité, de la puissance des lois et de nos institutions.
Mais, (et c’est là le seul « mais » qu’il est possible d’entendre !!!) Le fanatisme s’est déchaîné ce jour-là dans toute sa violence et notre légitimité semble bien fragile.
Alors à nous de nous rappeler combien cette laïcité que nous pensions acquise, est à défendre partout, chaque jour, est à faire vivre, partout, tout le temps. Parce qu’elle est LIBERTE !
Liberté de penser ! Liberté de s’exprimer ! Liberté de croire ou de ne pas croire ! Liberté de s’en moquer ! Liberté d’en rire !
Cette liberté-là, il nous faut continuer à la défendre.
Parce que le combat n’est pas fini : le droit à la caricature est un droit inaliénable. C’est ce que voulait montrer Samuel Paty à ses élèves, en leur proposant d’apprendre à réfléchir, confrontés à des caricatures. C’est à cause de cela qu’il a été assassiné en faisant lui aussi son travail, le travail qui lui est assigné comme enseignant.
La laïcité ne peut se nourrir et vivre que de notre force, de notre volonté de ne rien céder. Ce sont les principes issus des Lumières que nous nous devons de toujours invoquer devant l’obscurantisme et les fanatismes. C’est ce qui fait la grandeur de notre République. Nous nous sommes levés ensemble le 11 janvier 2015. Il importe que nous demeurions debout, libres et attachés viscéralement à ces principes qui nous fondent : Liberté, Egalité, Fraternité ! »






