Dans toutes les écoles publiques de France est affichée la Charte de la Laïcité. C’est une obligation légale. En son centre, les élèves comme les enseignants, comme les parents peuvent y lire :
La Nation confie à l’École la mission de faire partager aux élèves les valeurs de la République.
La Nation, c’est son peuple qui s’exprime par l’intermédiaire de ses représentants. La Nation, c’est vous, c’est moi, c’est chacune et chacun d’entre nous.
Et nous, nous avons donné comme mission à l’École de faire partager aux élèves, c’est-à-dire à nos enfants, à tous les enfants de France, à tous les enfants qui habitent sur le sol de France et qui vont à l’École, les valeurs de la République.
Ces valeurs de la République qu’il leur incombe de faire partager, elles sont nôtres : elles sont Liberté, Égalité, Fraternité et Laïcité.
Et cette mission, à qui peut-elle échoir d’autre à l’École qu’à chacune et chacun des personnels qui y œuvrent et en particulier aux enseignants ? A chacune et chacun des enseignants à qui, chaque jour, sont confiés des enfants pour que ceux-ci apprennent. Qu’ils apprennent ce que signifie pour chacune et chacun ces valeurs que la République offre en partage à toutes et tous.
Quelle magnifique et enthousiasmante mission ! Qui fait qu’on va travailler avec engagement et ténacité. Quoi de plus beau que de faire grandir des enfants ? Quoi de plus enthousiasmant ? Quoi de plus émouvant, que cette transmission, en particulier quand il s’agit de valeurs telles que les nôtres.
On ne peut penser que cela puisse être dangereux ! On ne peut penser que cela puisse avoir d’autres risques que de voir un gamin ne pas réussir à apprendre… On se questionne sur sa pédagogie, sur les moyens de les faire TOUTES et TOUS réussir. Mais à aucun moment, on ne pense mettre sa vie en danger en allant à la rencontre des enfants qui nous sont confiés.
Et pourtant….
Et pourtant, cela est arrivé. Trois fois. Trois fois de trop. Trois fois qui sont autant de blessures envers notre École et donc envers notre République.
Trois fois, des enseignants, Samuel Paty en 2020, Agnès Lassalle, assassinée en février dernier, et Dominique Bernard vendredi dernier.
Par trois fois, des enseignants sont allés travailler, sont simplement allés faire leur travail, leur mission, sont allés à l’École et y ont été assassinés.
Et, à chaque fois, la République s’est retrouvée meurtrie, abîmée, blessée en ce qu’elle a de plus emblématique : son École, c’est-à-dire son avenir, là où elle concentre ce qu’elle veut donner de plus beau à chacune et chacun de ses enfants : la citoyenneté.
Et qu’est-ce qu’être citoyen en France, au sein de la République Française si ce n’est savoir exercer sa pensée, son esprit critique et son autonomie.
Jean Zay a dit en 1937 : « Les écoles doivent rester l’asile inviolable où les querelles des hommes ne pénètrent pas. » Cette phrase a été écrite à l’entrée du collège de Montreuil-Juigné dans le Maine-et-Loire. Il faudrait l’écrire mais aussi la faire vivre à l’entrée de chacune de nos écoles !
Nous reconnaissons toutes et tous ici présent la justesse de cette phrase. Nous le savons parce que nous savons combien il est indispensable pour vivre en harmonie dans notre société, dans notre monde de reconnaître l’Autre avec toutes ses différences mais également tout ce en quoi il nous ressemble, d’oser penser de son propre chef, et de travailler à sa place avec ses moyens pour l’intérêt commun. Universalité, émancipation, intérêt général : c’est la boussole de la Laïcité ainsi que la définit Henri Pena-Ruiz. C’est ce à quoi œuvre l’École avec chacun des enseignants qui y travaillent. C’est ce à quoi, nous citoyens français, élus de la République, militants de la Laïcité nous tenons et que nous voulons défendre et protéger.
Assassiner un enseignant, missionnaire de la République, c’est interdire à nos enfants la possibilité de connaître cette République, la nôtre, et qu’elle devienne la leur en se construisant un avenir en son sein. C’est obérer l’Avenir de notre République, ce que nous, élus de la République, citoyennes et citoyens de la République, militants laïques ne pouvons admettre.
Nous sommes réunis ici ce jour, aux côtés du Laboratoire Loiret de la Laïcité et de nombreuses organisations et associations laïques du Loiret, aux côtés de nombreux élus, devant le Rectorat, institution représentative de cette École pour témoigner notre profond attachement aux principes et valeurs de notre République ainsi que notre profond respect envers les enseignants qui s’attachent à les transmettre.
Monsieur Samuel Paty, Madame Agnès Lassalle, Monsieur Dominique Bernard, nous n’avons pas le droit de vous oublier. Vos noms doivent retentir en nous encore et encore pour nous signifier le devoir qui est nôtre : rester debout, ne pas céder devant quelque obscurantisme que ce soit, continuer envers et malgré tout à faire vivre et partager Liberté, Égalité, Fraternité dans ce cadre si signifiant de la Laïcité.
Vive la République, vive son École, vive la France.
Véronique Bury – Orléans – 16 octobre 2023






