
La Laïcité en France qui s’est traduite par la mise à distance des églises par rapport aux affaires publiques, a pris corps à partir de la révolution de 1789, même si ses sources sont plus anciennes dans la réflexion des philosophes des Lumières au XVIIIème siècle.
Cette mise à distance correspondait logiquement à une volonté de rupture avec l’ancien régime dans lequel l’église catholique et son clergé avaient une emprise totale sur la vie des sujets du royaume. Ces « sujets » se sont révoltés pour devenir des citoyens. Le roi a été destitué… et plus encore, et l’église catholique a perdu son omniprésence sur la vie des gens. Les actes de la vie (naissance, mariage, décès, …) ont été confiés aux autorités civiles, alors qu’ils étaient le monopole de l’église catholique jusqu’alors. Église qui par exemple pouvait encore à Paris en 1778 refuser des obsèques et l’accès au cimetière à la dépouille de Voltaire au motif des convictions qu’il avait exprimées de son vivant !
Cette mise à distance a été formalisée dans la loi de séparation de 1905, dont les deux premiers articles, articles de principe, ont une valeur constitutionnelle, à l’instar de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. C’est en cela que la loi de 1905 conserve toute son actualité, au même titre que la non moins célèbre loi de 1901 qui consacre la liberté associative en France. On voit par là que le législateur de la 3ème République était à bien des égards extrêmement moderne, en posant les fondations solides des Républiques qui allaient suivre.
A la question de savoir si la Laïcité est une spécificité française, la réponse est évidemment négative. Plusieurs pays revendiquent leur caractère laïque : le Mexique, la Turquie d’Atatürk (mais le caractère non démocratique de cet état fait peser de sérieux doutes sur son caractère véritablement laïque). Plus récemment la Suède, le Québec, le Portugal ou le Luxembourg ont opté pour l’abandon de toute référence à la religion dans leurs constitutions, …
A l’inverse, on voit bien les difficultés insurmontables que rencontrent les pays livrés aux contradictions religieuses. Il n’est qu’à voir la situation inextricable de l’État libanais multiconfessionnel aujourd’hui pour nous en convaincre. Quant aux théocraties, les pays dominés par des autorités religieuses, on y voit bien que les libertés offertes à leurs habitants sont souvent bien limitées, et que l’égalité, particulièrement entre les hommes et les femmes, bien peu respectée.
Parallèlement dans de nombreux pays, les populations se sécularisent inexorablement. C’est-à-dire qu’elles y sont de moins en moins soumises à l’influence des dogmes et des religions. C’est le cas en France où, d’après les plus récentes enquêtes d’opinion (Credoc, Ipsos,…), plus de 60% de la population se considère comme athée, agnostique ou indifférente. Et parmi les 40% qui reconnaissent une appartenance religieuse, ceux qui suivent tous les préceptes de leur religion sont extrêmement minoritaires.
Pour résumer, on peut dire qu’en France :
- La République est laïque.
- L’État (son administration et ses services) est tenu à une exigence de neutralité.
- La société est majoritairement sécularisée.
- L’exercice des cultes est garanti… s’il n’entre pas en contradiction avec les lois de la République.
Que l’on croit ou que l’on ne croit pas, on peut ainsi être « Glücklich wie Gott in Frankreich » (Heureux comme Dieu en France) comme l’écrivait admiratif, l’auteur allemand Friedrich Sieburg.
Prochain article : La Laïcité ça se traduit concrètement comment ?





